Manifeste - l'IAG en jeu
Le Game Créalab est une structure d’accompagnement dédiée aux créateurs de jeux vidéo, fondée par des créateurs et professionnels du secteur. Nous concevons nos résidences comme des espaces de recherche, de maturation et de transmission.
En tant que créateurs, nous sommes directement concernés par les transformations que les intelligences artificielles génératives font peser sur nos métiers. Nous partageons les inquiétudes liées à la fragilisation de l’emploi dans les industries culturelles et créatives, et plus largement dans l’ensemble de la société, ainsi qu’aux effets néfastes sur la formation des nouvelles générations, qui pourraient ne pas bénéficier du temps d’apprentissage et d’expérimentation dont nous avons disposé.
Les oppositions à l’usage des IAG dans la création sont nombreuses et fondées. Elles concernent le respect du droit d’auteur et l’utilisation d’œuvres protégées dans les corpus d’entraînement sans consentement ni rémunération. Elles soulignent le risque de standardisation des œuvres par la domination de modèles commerciaux uniformisés, la perte de souveraineté, l’accentuation des biais culturels et l’effacement de certaines voix minoritaires. Elles portent sur la perte possible d’authenticité, la tromperie du public et la question du statut de l’auteur face à des systèmes capables de générer des contenus en apparence autonomes. Elles alertent enfin sur le lourd impact environnemental et sur les effets cognitifs et sociétaux d’un environnement culturel de plus en plus algorithmique.
L’IAG ne constitue pas une simple évolution d’outils, mais un bouleversement technologique et sociétal majeur, porteur d’interrogations légitimes.
Le Game Créalab ne considère pas l’IAG comme un outil neutre ni comme une évidence technologique. Il s’agit d’un fait culturel, économique et technique déjà à l’œuvre. L’ignorer ne le fera pas disparaître ; l’adopter sans distance critique serait tout aussi problématique.
Avec cette résidence, nous faisons le choix d’un espace d’expérimentation encadré, au sein duquel les créateurs peuvent analyser concrètement les effets de ces outils sur leurs pratiques.
Ce travail d’observation et de documentation est aussi, à nos yeux, une condition nécessaire à l’élaboration de régulations pertinentes, des régulations ancrées dans les réalités de la création, pas seulement dans les discours qui l’entourent. La résidence ne vise ni à remplacer des compétences existantes ni à réduire les équipes de création. Il s’agit d’accompagner des créateurs dans leur démarche et d’observer comment ces outils transforment les pratiques, afin d’en préserver les dimensions humaines, artistiques et collectives.
L’IAG fait émerger de nouvelles formes d’écriture, de collaboration humain-machine et de positionnement de l’auteur. Plutôt que de les rejeter ou de les idéaliser, nous proposons de les interroger. La résidence place l’intention artistique, la responsabilité éthique et la prise en compte des impacts environnementaux au cœur de l’accompagnement.
La résidence s’inscrit également dans une démarche de recherche, portée par deux chercheurs associés au programme. À partir de l’observation des créateurs, un travail d’analyse examinera la manière dont les usages de l’IAG transforment les processus de création et font émerger de nouvelles formes d’auctorialité. En parallèle, une étude portera sur la manière dont l’IAG reconfigure concrètement les processus de conception de jeux vidéo, du narrative design au game design. Ces travaux donneront lieu à des publications scientifiques et contribueront à une compréhension plus fine et documentée des pratiques créatives contemporaines.
L’utilisation de l’IAG, dans les projets sélectionnés suite à l’appel à projet, devra être motivée et apporter une innovation artistique par rapport à une technique traditionnelle. Elle devra aussi être spécifique à une forme interactive. Les projets retenus seront ceux pour lesquels l’IAG constitue un apport artistique structurant, sans lequel la démarche proposée ne pourrait être envisagée sous la même forme.
Notre positionnement sur l’usage des IAG dans la création n’est ni l’adhésion naïve ni le refus de principe, mais une appropriation critique, collective et éclairée par les créateurs eux-mêmes.